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L'HISTOIRE DE LA POÉSIE AU JAPON

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La poésie japonaise telle que nous la connaissons aujourd’hui peut se résumer aux haïkus qui sont des petits poèmes japonais de trois lignes souvent en lien avec la nature. Ils visent à capturer un instant éphémère de notre vie qui a pu nous rendre heureux, ou nous a simplement marqué pour une raison particulière, en laissant par écrit des traces de ce même instant. Les haïkus sont brefs et concis et ils sont de plus en plus mentionnés en Occident dans la cadre de la poésie d’une manière générale. Ils plaisent surtout aux élèves de par leur brièveté et les enseignants trouvent quant à eux que c’est effectivement un parallèle intéressant avec la poésie classique que nous avons l’habitude d’étudier. En outre, l’étude des haïkus donne un aperçu de la philosophie zen et de ce qu’a à nous offrir la culture japonaise.

L’émergence de la poésie au Japon

Si la poésie a émergée au Japon au VIIIème siècle, c’est avant tout parce que la cour japonaise souhaitait traduire les écrits bouddhiques chinois aux subtilités de la langue japonaise. Le bouddhisme ayant été importé deux siècles auparavant au VIème siècle, il continuait à se développer de façon massive dans le pays, d’où l’intérêt particulier de traduire ces écrits religieux. Cependant, ce fut un travail long et laborieux car les deux langues n’avait alors pas beaucoup de points communs. Que ce soit sur le plan syntaxique que sur le plan sémantique.

Les premiers écrits qui ont émergés de cet engouement pour la poésie et qui la mentionnèrent pour la première fois sont les manuscrits Kojiki (712) et Nihon shoki (720). Ces livres étaient à la base destinés à garder une traces des récits mythologiques propagés par des orateurs qui se faisait sanctionnés par la cour. Mais on retrouve dedans une place importante accordée à la poésie et c’est ainsi que la poésie commença à se populariser sur l’ensemble du territoire du Soleil levant.

L’engouement pour la poésie au Japon durant la période de Heian (794-1185)

La période de Heian marque un tournant décisif pour la poésie au Japon car c’est à cette époque que la poésie va pleinement s’intégrer dans la culture et les mœurs japonaises. La cour impériale et l’aristocratie vont alors commencer à s’épanouir dans l’alphabétisation grâce aux rapports familiers avec l’érudition chinoise. Il existe aujourd’hui un important héritage littéraire de cette période.

Le Dit du Genji en est un très bon exemple, il est encore aujourd’hui comme une œuvre majeure de la littérature japonaise, mais également de la littérature à l’échelle mondiale. Il a été écrit en 1008 et il posera les bases littéraires et poétiques des futurs genres qui émergeront par la suite au Japon. C’est un roman psychologique qui raconte l’histoire d’un prince à l’époque de Heian et qui met en avant tous les problèmes qui peuvent être liés aux relations humaines à la cour impériale. Il a été écrit par Murasaki Shikibu, une aristocrate japonaise, et est par ailleurs le plus vieux roman de l’histoire de l’humanité que nous connaissons à ce jour.

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Le Dit du Genji va donc établir un style littéraire axé sur la poésie nommé monogatari et va déterminer par la même occasion le style des récits de style setsuwa (contes populaires basés sur une traduction orale), gunki-mono (contes de guerre) mais encore zuihitsu (style de prose libre).

Le développement de la poésie courte

Le waka, ou yamato uta, fait partie de ces genres poétiques qui émergèrent pendant et à la suite de la période de Heian. Il se compose en deux styles de poèmes distincts nommés chōka pour les poèmes longs et tanka pour les poèmes courts. Ce sont les tanka qui se développèrent davantage que les chōka et donnèrent par la suite naissance aux haïkaï.

Les haïkaï sont eux des poèmes divisés en trois parties dont la première se nomme hokku et se compose d’un triplet de 5,7 puis 5 syllabes. Bien que la structure entière des haïkaï tomba un peu en désuétude de par sa complexité, les hokku en revanche trouvèrent de nombreux adeptes dont Bashô (1644-1694) en est le principal. Ils furent par la suite popularisés au XIXème siècle sous le nom de haïkus sous l’impulsion du poète Masaoka Shiki (1867-1902).

L’apparition des haïkus

Les haïkus sont donc apparus au XVIIème siècle sous leur premier nom hokku. Bashô en sera le principal initiateur, lui même samouraï reconverti en poète suite à la mort de son maître en 1666, il deviendra célèbre à Edo où il résidait en 1769 pour ses nombreux haïkus qui restent, encore aujourd’hui, les plus populaires. En voici quelques exemples :


Peu de gens en ce monde

remarquent les fleurs du châtaignier

au dessus de l’auvent

Bashô


Dans les fleurs tardives de cerisier

le printemps qui s’en va

hésite

Bashô


Quel silence !

imprégnant la roche

le cri des cigales

Bashô


Celui qu’un éclair

n’a pas illuminé

il faut qu’il soit loué

Bashô

Le haïku peut être vu comme un moyen de capturer un instant éphémère de la vie et de renouer un lien avec la nature. Les poètes, et même les samouraïs qui étaient eux-mêmes de grands adeptes de la poésie, utilisaient les haïkus pour capturer un moment éphémère de la vie qui pouvait sembler banal et en conserver une trace écrite.

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De toutes les formes de poésie, le haïku est peut-être la plus exigeante du lecteur. Il demande en effet à ce dernier un effort d’imagination pour entrevoir le moment qu’à tenté de capturer le poète malgré la petitesse des détails présents sur seulement trois lignes. Sans un public sensible il sera difficile de faire entrevoir la magie des haïkus.

Cependant, Bashô ne fut pas le seul à maîtriser la plume des haïkus. Deux autres poètes lui succédèrent et restent encore particulièrement populaires aujourd’hui pour leurs haïkus. Issa (1814–1823) qui par delà les siècles à su nous transmettre son deuil de la solitude (il perdit sa mère à l’âge de deux ans, ses enfants alors qu’ils étaient encore très jeunes puis finalement sa femme) puis Shiki (1867-1902) qui donna lui un élan nouveau aux haïkus en les rebaptisant au XIXème siècle. Voici quelques uns de leurs haïkus : 


Feu ma mère

chaque fois que j’aperçois la mère

chaque fois que j’aperçois la mère

Issa


Vent d’automne

toujours elle voulait arracher

les fleurs rouges

Issa


Sans toi en vérité

trop grands

sont les bosquets

Issa


Seul

Prenant mon repas

Les vent d’été

Issa


Dans le fleuve hivernal

d’un chien qu’on a jeté

le cadavre

Shiki


La courge éponge fleurit

le flegme s’épaissit

c’est donc le trépas

Shiki


Vers la voie ferrée

vol bas des oies sauvages

clarté de lune

Shiki


L’araignée que l’on tue

la solitude après

froideur de la nuit

Les haïkus aujourd’hui

Depuis l'époque de Bashô, l'histoire du haïku reflète l'idéal zen que le poète tend à atteindre en capturant un petit moment de la vie et en y apportant sa perspective poétique personnel. Malgré ses changements et les évolutions qu’ont pu subir les haïkus au cours des siècles, ceux qu’on retrouve aujourd’hui sont très similaires à ceux qui existaient déjà à l’époque d’Edo que Bashô a popularisé.

Pour ceux que ça intéresse et qui souhaiteraient aller plus loin, n'hésitez pas à vous rendre sur le site de l’Association francophone de haïkus qui tend à populariser à notre époque moderne ces petits poèmes japonais qui permettent à ceux qui s’y essaye de laisser parler le poète qui se cache en chacun de nous.
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